mardi 9 juillet 2013

Pie-grièche & Bocage

En Bourbonnais, les bouchures abritent et nourrissent dans leur feuillage raméal une avifaune riche et diversifiée, qui offre aux oreilles attentives une harmonie de chants qui se succèdent, se répondent et se superposent jusqu'à parfois en perdre la source d'origine. Ce doux concerto orchestré par la brise du vent d'été se compose avec les partitions des Fauvettes à tête noire, des Hypolaïs polyglottes, des Pouillots véloces, des Rossignols Philomène, des Grives musiciennes, des Linottes mélodieuses, des Bruants jaunes et des Bruants zizi...
Parmi tous ces musiciens qui animent jour et nuit les parcelles bocagères, une famille d'oiseaux vient troubler le jour les harmonies remarquables du club des "mélo-piafs". Les Pie-grièches n'ont assurément pas encore accordé leur petit bec crochu au reste de la symphonie. Un boulet sonore qui pourrait parfois nous faire oublier toute la beauté de son plumage... Comment un oiseau aussi ravissant s'est il retrouvé à  emmètre un chant aussi médiocre ? Quelle stratégie d'adaptation peut pousser une espèce à saboter son chant de la sorte ?
A côté de cela, les pies-grièches ont une particularité bien à elles que les oiseaux du bocage pourraient leur envier.
Elles sont en effet capables d’empaler leurs proies dans les épines acérées des prunelliers et d'autres buissonnants bien piquants ! On observe parfois sur ces "lardoirs" des insectes et des micro mammifères  (campagnols, musaraignes...) empalés quelques temps avant d'êtres consommés.
La pie-grièche pourrait être le symbole d'un bocage actuellement menacé... mais je laisserai sa consœur à tête rousse le soin d'illustrer ces propos dans un prochain billet...

Posté dans le feuillage d'un prunellier, le masque noir de la pie-grièche écorcheur ne perd rien des aller-et-venus d'insectes volant sur sa prairie...

Les postes d'affût son variés, tantôt bas, tantôt haut... parfois trop loin !

Pas de doute, il est ici dans le bocage bien chez lui !

Le joli brun-chocolat de la femelle se laisse rarement admirer longtemps à découvert...


Funambule de la haie...

Ab

Toilettage de la femelle au milieu d'une salle de bain fleurie


La Pie-grièche écorcheur se sert aussi des fils barbelés pour empaler ses proies.

L'écorcheur et la cardère... "ou je pourrais les empaler ?"

Au bout d'un certain temps, les insectes finissent en grande partie dans le gosier d'un des petits planqués dans l'ombre épineuse de la bouchure.

Plus rare, la pie-grièche à tête rousse est actuellement en déclin dans toute la France... le bourbonnais sera t-il son dernier bastion ?

mercredi 29 mai 2013

Prairie humide à Orchidées ...

Les cheminements hasardeux des sentiers bocagers mènent parfois à de belles surprises naturalistes...
Dissimulées parmi les herbes hautes, détrempées par les averses successives de ces derniers jours, les somptueuses de l'évolution florale offrent passivement dans la prairie humide, leurs labelles colorés aux insectes pollinisateurs trompés par une supercherie mimétique et sensorielle. Leur présence dans ces prairies de fauche entourées de haies imposantes témoignent d'une activité agro pastorale extensive qu'il me plait d'apprécier. Toutes les parcelles environnantes ne sont visiblement pas aussi accueillantes pour les belles de mai...
Leur récente apparition dans l'histoire des végétaux les a poussé à se spécialiser chacune dans leur adaptation. Les Ophrys, par exemple imitent efficacement les insectes avec leur corolle (les trois pétales), d'autres comme les Orchis, développent un parfum puissant qui attire les pollinisateurs. L'ensemble est mis en valeur avec le calice (les trois sépales) et offre au final de parfaites pistes d’atterrissages. Toutes les orchidées que que l'on trouve ici dans la nature ont cependant un point commun : elles résultent d'une symbiose entre un champignon, et un rhizome ou un tubercule qui ne les laissera visibles en vie aérienne qu'une quinzaine de jours ! Les orchidées sont fragiles, éphémères, complexes et extrêmement variées... leur détermination plonge l'apprenti botaniste dans un univers de détails et de nuances qui lui cloue souvent le fessier pendant des dizaines de minutes... Et c'est là, à ce moment précis, assis dans l'herbe que le bonheur simple apparaît, une sorte de recul prend emprise sur le temps, vous êtes loin de tout et à la fois tellement proche du peuple de l'herbe. C'est un contact avec le sol, une diversité de fleurs à porté de regard, c'est en fait un apaisement, une sérénité réjouissante...
Et puis arrive le moment...
Savoir si d'autres graciles émanations se cachent derrière l'enclos champêtre ?

Le peuple de l'herbe...

Labelles d'une Orchis de mai

On constate aisément les variations importantes de l'Orchis de mai (Dactylorhisa majalis)...

L'Orchis à fleurs lâches (Orchis laxiflora) apprécie ces prairies humides un peu acides...

L'Orchis brulée (Orchis ustulata) nommée ainsi en raison de la couleur de son casque...

L'Orchis grenouille (Coeloglossum viride) ou l'arbre à petites grenouillettes

Brochette d'Orchis bouffon (Orchis morio) dans son décor de graminées, parssemées de boutons d'or

vendredi 17 mai 2013

Mai des rapaces !

Dans la série des (faux)-"nuisibles", en voilà des animaux qui ont subit les foudres de nos persécutions !
Les rapaces diurnes sont passés en quelques décennies d'animaux vénérables, symboles de puissance et de vitesse, imposant respect et dignité à un statut de compétiteurs féroces, donc nuisibles à nos activités, voire pour certaines espèces, dangereux pour notre sécurité ! Ainsi, les buses, busards, milans, faucons, aigles, vautours et autres becs crochus ont vu leurs effectifs littéralement chuter ! Un comble pour ces seigneurs des ascendances !

"L'aigle a beau avoir des serres, il ne saurait capturer une mouche."  Proverbe Chinois

Ne connaissant ni leur régime alimentaire, ni leur contribution dans l'équilibre des écosystèmes, les Hommes les ont chassé ou piégé, pour certains jusqu'au dernier, ont détruit et pillé leur nid et leur aire de reproduction, ont empoisonné leurs menus et ont fini par complètement modifier leurs paysages augmentant en plus les risques d’électrocution et de collision... jusqu'à ce qu'ils prennent conscience (depuis pas si longtemps que cela...) de leur fragilité, de leurs rôles et de la situation dommageable dans laquelle ils seraient si ils ne voyaient plus le vol maîtrisé et majestueux des rapaces tourner au dessus de leur tête. De là, leur protection en Europe fût établie mais encore difficilement acceptée dans certains reliefs. Certaines espèces jouissent malheureusement toujours d'un zèle d'acharnement lié à leur réputation tenace et bien souvent infondée.
Pour quelques volailles domestiquées prélevées dans des enclos passoires, combien de rongeurs et d'insectes ravageurs prédatés au fil des jours, des saisons, combien de charognes nettoyées, évitant de fait les contaminations aux espèces sauvages et aux troupeaux...

"Quand le vautour meurt, la poule ne pleure pas."  Proverbe Allemand

En Val d'Allier, nombreuses sont les occasions d'observer un de ces spécimens en vol en train de chasser les micro mammifères, les insectes, les chauve-souris ou les petits oiseaux du bocage.
...Leur présence serait-elle pour nous un gage d'une bonne qualité de vie ?

 La Buse variable porte si bien son nom !

Milan noir, fidèle des plans d'eau, charognard de poissons

Le Faucon hobereau est un habitué des chasses aux hirondelles (où il finit d'ailleurs par être chassé lui même par ses dernières !) mais apprécie également les insectes et les chauve-souris qu'il peut capturer à l'aube et au crépuscule.

Le Faucon crécerelle est facilement identifiable lorsqu'il fait son vol en sur place pendant plusieurs seconde à l'affût d'insectes ou de rongeurs.

Souvent confondue avec la buse, la Bondrée apivore est une spécialiste des hyménoptères. Elle déniche et se nourrit des larves cloisonnées dans les nids de guêpes, d'abeilles ou et de frelons qu'elle peut parfois déterrer.

Ce couple en parade de Busard cendré est adepte des parcelles agricoles en milieu ouvert. Il niche au sol dans les cultures, ce qui provoque sa disparition puisque victime des traitements chimiques et des machines agricoles. Certains agriculteurs conscients de la richesse que représente leur présence, mettent en place avec des ornithologues un périmètre de non-fauche autour du nid, assurant ainsi la reproduction de l'espèce.

jeudi 7 mars 2013

Renard y es-tu ?

Il me manquait depuis un petit moment un prétexte pour aborder le cas du renard dans nos contrées. C'est au détour d'une bouchure du Val d'Allier qu'il me donne aujourd’hui l'occasion d'en parler. Malgré sa tête maintenant mise à prix depuis plusieurs décennies, l'animal s'adapte et survit dans certains endroits notamment par l'abondance des poubelles remplies de nourriture. Pointerait-il par cette adaptation (stratégie d'opportuniste que l'on ne saurait lui reprocher !), l'aberrance de notre consommation et de notre gaspillage consumériste collectif ?

Par ailleurs, là où la campagne offre encore une diversité de nourriture, le renard remplit sa fonction de prédateur : réguler les populations de micro mammifères (rongeurs) et d'insectes, disséminer les graines  qui s'accrochent à son pelage ou que l'on retrouve dans ses excréments, nettoyer les charognes (limitant la propagation des maladies dans les cours d'eau par exemple) et mettre une fin à la vie des animaux blessés (oiseaux...) ou malades et faibles (lapins...).

Profitant au fil des saisons des ressources disponibles sur son territoire, petits mammifères, oiseaux, fruits, baies, insectes et invertébrés divers... lui permettent de varier ses menus et de gèrer seul sa population : une pression importante de renards fait baisser le nombre de proies (des rongeurs par exemple). Les années suivantes la population de renards diminue aussi, jusqu'à ce que la population de proies reprenne de l'ampleur. Ces deux fluctuations parallèles sont décalées d'une, deux, trois années... en fonction des territoires et de la dynamique des populations. Ici, l'Homme n'a pas l'obligation d'intervenir dans la régulation de l'espèce.

Il lui arrive que sa filouterie lui permette l'extrême audace de venir nous chiper quelques poules (parfois toutes ! Ce fût le cas pour moi !) et autres volailles domestiques dans des poulaillers accessibles. Mais là encore, il est plus facile d'accuser le renard que de remettre en cause son enclos. Tant que les poules ne sont pas totalement à l'abri, c'est à dire, protégées dessus, sur les côtés et même presque dessous, il restera la possibilité aux prédateurs de venir se servir. Si vous faites sécher votre linge et qu'une averse le trempe, il ne faut pas à en vouloir à la pluie mais à sa propre responsabilité ! C'est pareil pour les poules, les installer dehors sans protection fiable, et elles rentreront "naturellement" dans les chaines alimentaires du vivant.
Je reconnais qu'il y a des cas où des individus plus voraces que d'autres (ou plus malins), stratégie du moindre effort oblige, s'acharnent sur un élevage par habitude ou facilité. Le piégeage (ou au pire le tire) peut dans ce cas être envisagé, mais de là a généraliser la pratique sur tout le territoire !? Le renard ne mérite pas son coup de fusil systématique !

Hormis l'observation furtive de sujets terrorisés dans les phares de la voiture , il n'est pas facile de partager quelques moments intimes et sereins avec une bête rusée et farouche comme le goupil. Croisez le au détour d'une haie... et hop, le voilà parti, coulant en deux secondes dans un roncier impénétrable...
On peut toutefois le surprendre à proximité du terrier, lorsqu'il daigne y pointer le museau pour prendre un bain de soleil. Mais là encore, il fait preuve de beaucoup de prudence en s'assurant de nombreux accès disséminés jusqu'à parfois une trentaine de mètres des principales bouches. Quelques "gueules" donnent sur la prairie, d'autres dans le roncier et d'autres encore en forêt, les possibilités d'entrées et sorties sont grandes et difficilement prévisibles. Parfois le terrier se partage les locataires : renards, blaireaux et lapins de garenne peuvent cohabiter durant des périodes. Ils leur arrivent aussi de changer de villages de temps à autre.

Pour finir, je ne développerai pas ici le "sport" débile de certains "connaisseurs et gestionnaires" de milieux qui se plaisent à jouer les déterreurs "utiles" à grands coups de bêche dans des villages de blaireaux et de renards ! Il n'y a encore pas si longtemps, ces barbares utilisaient du gaz toxique ! Et le comble, c'est qu'il existe aujourd'hui des championnats en France et en Europe ! La vénerie sous terre est une aberration cynégétique qu'il serait temps de voir cesser dans les campagnes !

Le décor de la scène...
Pendant que le chat dort, les souris dansent...

Retour au bercail !
Nuit blanche...

Les Colocs
ou Repas à domicile (selon les points de vue)

Portrait de l'un d'eux
Miam miam !


Songeur...
Peut-être la taille du ragondin qui passe au fond...

Serein...
Au milieu de "ses" taupinières...


Assoupi...
Et derrière on en profite...

Résigné...
Pas de ces proies pour l'instant...

En alerte...
Je crois que c'est plutôt derrière toi que ça se passe...


un souvenir du prédateur...
Il a mangé du steak haché ?....   Mais non, c'est l'enveloppe des baies qu'il a consommé (cynorhodons, cenelles...)