dimanche 8 juillet 2012

La falaise aux hirondelles

Voici un milieu particulier, que la rivière façonne en certains endroits de son cours, précisément dans les virages de ses méandres, et qui offre à pas moins de trois espèces à plumes, une falaise abrupte de terre et de sable accumulée en couches, lieu propice pour mener à bien leur reproduction. Cette falaise d'érosion est en effet un micro milieu temporairement colonisé par des oiseaux cavernicoles comme l'Hirondelle de rivages, le Guêpier d'Europe ou le Martin-pêcheur. Ces oiseaux affectionnent cette zone sableuse située sous la terre prairiale riche en  racines et en humus, dans laquelle ils creusent, tels des terrassiers, leur tunnel ovale jusqu'à une pièce plus élargie, chambre où les oeufs sont couvés. Les hirondelles et les guêpiers cohabitent volontiers ensembles sur la même portion de falaise, les couples de martin-pêcheur choisissent eux, un endroit à l'écart, caché dans la végétation. Tous, rappelons-le, sont tributaires des crues tardives (comme se fût le cas cette année) qui noient les galeries et décrochent des pans entiers de falaises. Il en a toujours été ainsi. Mais partout où une falaise d'érosion recule, grignotée par un courant toujours gourmand, une zone de dépôt apparaît en face, posant ainsi les fondations d'une future et lointaine prairie. Mais le processus est long, très long, sans doute pas à l'échelle humaine... un début de prairie, appelée plutôt "pelouse sèche", naîtra lorsque des plantes pionnières auront poussées sur les graviers, fixant les bases d'un sol. Grâce aux apports réguliers de sédiments provenant de la rivière et de la matière organique laissée sur place, un sol se construira peu à peu avec des successions végétales évoluant petit à petit vers une forêt alluviale, qui à son tour subira un jour, l'inévitable érosion fluviale !


 Après le passage de la crue, les hirondelles s'affairent à creuser de nouveau leur terrier.

Les hirondelles choisissent pour creuser cette deuxième couche que l'on voit dans la coupe.

...il en va de même pour le guêpier !






Parfois posté à l'entrée de son terrier, le guêpier scrute les libellules qu'il peut aisément attraper.

lundi 18 juin 2012

La grève aux oiseaux

Une fois de plus, l'Allier nous a montré son caractère sauvage en atteignant au début du mois un "joli" niveau d'eau, inondant par endroit les prairies, grignotant sur d'autres les falaises, arrachant par ailleurs arbres morts... ou vivants ! Cependant, le terme "joli" ne semble pas être le mot adéquat que pourraient partager tous les oiseaux qui peuplent les grèves. J'entends par "grèves", ces bancs de sable et de graviers qui se profilent en îles dès que le niveau d'eau baisse. Cette année, la crue aura emporté avec elle les premières couvées de sternes, d'oedicnèmes, de petits gravelots, de chevaliers guignettes, celles des hirondelles de rivages, des guêpiers, martin-pêcheurs et des bergeronnettes. Comme dirait l'autre, "C'est le jeu ma pauv' Louisette !" Ceux qui pondent au sol, sur les talus, sur les embâcles, comme ceux qui ont leur maison trop près d'une rivière savent qu'un jour ou l'autre, la rivière se présentera à leur palier. Les premiers l'acceptent et s'adaptent en pouvant assurer une ponte de remplacement, les seconds ne le comprennent pas toujours et se persuadent qu'il faut la mater, la colmater, l'endiguer, enrocher, bétonner... ils n'écoutent pas la fluviale sauvageonne et ne lisent pas celle qu'elle peut écrire dans le paysage. Mais intéressons-nous plutôt à un de ceux qui la vivent assidûment et qui l'on choisit pour zone de reproduction.

Aussitôt que les îles apparaissent, leur sable encore humide est piétiné par les grandes pattes jaunes du couple d'oedicnème criard... peut-être reparti pour une seconde tentative.

L'élégance de l'oedicnème : ou l'astucieux mélange entre une robe de camouflage et une touche colorée, accessoire de séduction.

Les parades spectaculaires et bruyantes de l'oedicnème criard sont des moments émouvants de la vie de la rivière. Au soleil tombant, les danses de séduction commencent, agrémentées de son fameux "turrrluuu" très sonore, audible durant les nuits d'été.


Le mâle d'oedicnème conclut ses gesticulations amoureuses en mettant en évidence son croupion orange-pâle aux yeux de la femelle à séduire.


Les deux oeufs présents sur la photo témoignent de l'incroyable mimétisme de cette espèce adaptée aux zones sèches et chaudes à végétation rase. Elle trouve ici une zone parfaite pour sa reproduction : tranquillité, insectes à volonté, couleur raccord avec le camo. Plus rien ne peut menacer la ponte... sauf peut-être le piétinement d'un homme, d'un quad ou d'un campement insouciant, chose malheureusement pas rare sur la rivière...


lundi 21 mai 2012

Rossignol chantant...

Le Rossignol philomèle (et non Procné !... pour son nom complet) est un oiseau qui ne se laisse pas observer facilement. Ce traîne buisson des campagnes bocagères, est un insectivore qui cherche, d'avril à septembre, divers invertébrés au sol. Il peut être considérer comme un auxiliaire des cultures (un de plus !) lorsqu'un réseau de haies variées et arborées lui est offert. Son comportement mais aussi son plumage tout en nuances de gris, de bruns et de roux font de lui un as pour se fondre dans le feuillage des haies et des bosquets. Il anime de jour comme de nuit ces lieux d'un chant fort et mélodieux, ponctué de sifflements liquides, qui crescendo, précèdent de vigoureux motifs sonores. Un régal pour les oreilles ! La nuit, lorsque seule la hulotte ou le moyen-duc se font entendre, les vocalises nocturnes du rossignol viennent troubler l'ordre établi. Mais ce n'est que de courte durée car une fois la belle trouvée, le chanteur redeviendra muet, presque invisible... mais toujours utile !


mardi 8 mai 2012

Des torcols pour les fourmis !

Voilà maintenant presque un mois qu'un couple de Torcol fourmilier semble élire domicile au jardin. Un acteur de plus s'ajoute à la biodiversité du site. Comme son nom l'indique, cet oiseau peu commun de la famille des pics est un adepte de la chasse aux fourmis. Avec son allure de passereau, il est l'aboutissement d'une évolution particulière chez les pics en ayant perdu la majeure partie des caractéristiques des membres de sa famille, les Picidés. En effet, il ne tambourine pas pour marquer son territoire, ne cherche pas divers insectes et autres larves en explosant le bois pourris, il n'a d'ailleurs pas un bec puissant, ne creuse pas de loge et n'a donc pas un cerveau sur suspension, et, il ne s'appuie pas non plus sur les troncs avec sa queue. Rien de tout ça ! Ce qui le distingue serait plutôt son fin petit bec à l'allure d'une pince à épiler, et sa joli robe "écorce"  brune-grise de camouflage le faisant passer, hors période de chant avec son "tien-tien-tien-tien..." très sonore, facilement inaperçu dans les vergers, les bois clairs, et les jardins. Ses adaptations l'ont poussé à se spécialiser sur les fourmis qu'il déniche volontiers au sol. Le Torcol peut alors jouer son rôle d’auxiliaire en régulant les populations de fourmis dans les zones agricoles. Encore faut-il qu'on lui laisse l'opportunité de s'installer, en maintenant dans nos paysages, des vieux fruitiers, des arbres à cavités (ou des nichoirs) qu'il fréquente à partir d'avril. Le tout, situé dans des zones épargnées par les biocides, ce qui restreint encore un peu plus son territoire. Pourtant son allure et son élégance et surtout son régime alimentaire mériterait un peu plus de considération : ses proies de prédilection sont d'une importance capitale pour la santé des écosystèmes ! Le rôle des fourmis dans la décomposition de la matière organique, le transport de graines et la "symbiose" avec d'autres espèces est injustement sous estimé par les travailleurs de la terre et par leur mécanisation destructive... Mais pour l'instant, contentons-nous d’apprécier les portraits de Torcol... celui-ci semble encore en trouver assez, ici, des fourmis....