mercredi 27 février 2013

Cerfs moi quelques flocons !

Il est si occasionnel de marcher en forêt de plaine sur un tapis de neige, qu'il en aurait été regrettable de ne pas saisir l'instant précieux. Le temps est compté, déjà probablement la fonte s’amorce...
C'est l'appel de la futaie blanche. Lumière éphémère pour quelques clichés souvenirs. Ambiance nordique sous chêne sessile.
Quel plaisir de sentir sous ses pas le craquement étouffé des branches sous la neige, quelle sensation de remonter la trace des animaux aujourd'hui moins fantômes en sous bois et quelle émotion de pouvoir finir par observer un duo de chevreuils, une harde de cerfs, une compagnie de sangliers au milieu de ce grand froid !
Dix minutes de marche en mode "approche", tout de blanc vêtu, auront suffit à faire remonter en moi, les instincts consciemment enfouis du prédateur bestial attaché à sa quête : saisir une proie pour rassasier son estomac numérique.
Le palpitant est lancé, la marche est précise, les gestes sont lents, la forme fusiforme épouse tantôt les troncs de la verticale, tantôt les branches à plat ventre au sol. Disparaître et avancer jusqu'au moment où...

...un couple de chevreuils semble avoir repéré le subterfuge !

...puis c'est au tour des trois bêtes noires !

L'apprenti grand prédateur que je suis va devoir être plus discret encore s'il veut se mettre un protagoniste dans la carte mémoire.

Comment s'y prendrai un lynx ?
Etre plus invisible et silencieux encore... repérer d'assez loin... être à bon vent ... Avancer à pas de velours... et compenser son odorat par de l'instinct primaire ?







mardi 22 janvier 2013

Stratège de Grand cormoran

Dans le bras-mort de la rivière, se joue parfois dans un décor glacé, des scènes de gourmandise opportune, qu'il serait préférable de ne pas montrer à tous les pêcheurs et autres piscivores jaloux...
Les uns, le bec acéré, ont l'élégance de ratisser les eaux peu profondes avec leurs yeux plus gros que leur ventre, et les autres, inconscient du danger, remonte malgré leur taille la portion cul-de-sac de la rivière.
Les Grands cormorans n'ont pas leur pareil pour quadriller les fonds qu'ils prospectent en apnée prolongée. Telles des torpilles, ils plongent d'un petit bond, disparaissent, remontent... apparaissent tantôt là, tantôt là, tantôt là... fugaces, insaisissables, puis soudain... un des affamés remonte bien chargé !
Il rejoint la berge, un autre vient lui chiper... le bal des charognards peut commencer.





jeudi 3 janvier 2013

Des grues...encore des grues !

Point de voeux pieux, naïfs et stériles pour ce début d'année ! 2013 ne verra pas les Hommes changer de comportement vénal et consumériste, la Nature ne cessera pas de supporter le poids de plus en plus pesant de notre impérialisme planétaire, le citoyen continuera d’appeler Démocratie l'Oligarchie qui le contraint à l'impuissance. Nous ne développerons pas ici, le futur sombre de notre société en perdition mais la joie d'un matin lumineux, rayonnant de vies singulières, où s'épanouissent des êtres portées par des instincts de survie et d'adaptations remarquables, des protagonistes organisés qui participent à la complexité et à l'équilibre du vivant... juste un moment de sérénité.

En Val'd'Allier, comme chaque année, elles hivernent par centaines, profitant, au rythme de leur emploi du temps, des îles de sables, des pâtures humides bocagères et des vastes cultures de maïs (un des rares avantages de la maïsiculture !). Les grues trouvent au bord de l'Allier de douces conditions à leur hivernage communautaire.
Au petit matin, après s'être sortie les pieds de l'eau, les grues cendrées s'activent : toilettes de plumes, dégourdissement de gambettes, ration d'eau et éventuellement dénichage de petits invertébrés protéinés.
Puis, selon les individus, la grasse-mat s'éternise, certaines parfois reviennent sur l'île, estimant que ce n'est finalement pas le moment... D'autres, au contraire, sont déjà sur la zone de gagnage mais une chose est sûre : tout le monde à 9h sera parti ! Et les grues reviendront le soir, ici ou ailleurs, se reposer au dortoir...








dimanche 28 octobre 2012

Champignons : La diversité dans toute sa splendeur !

Comment aborder le monde des champignons face à cette incroyable diversité que l'on rencontre dans les forêts, les prairies, les pelouses... sur du bois mort, sur des feuilles, sur des brindilles... sur des troncs, sur des souches... en plaine, en montagne, en bord de mer... Bref, en un mot, ils sont partout !

Et heureusement d'ailleurs... leurs rôles est immense ! Ils sont, dans nos écosystèmes, une des composantes essentielles au grand cycle de la matière organique.
Une bonne partie des champignons (les saprophytes) servent à la décomposition des différentes matières organiques, une autre (les symbiotiques) est chargée de mycorhizer les végétaux afin de leur assurer, via des échanges de nourritures, une bonne santé.
Tous ces champignons attirent un cortège d'espèces (insectes, vers, collemboles, araignées, collemboles, thysanoures... et des milliards de "bons"microbes) qui permettent, ensemble, une activité biologique nécessaire au bon fonctionnement du sol.
La dernière partie est celle des parasites (rouilles, mildiou...), ils attaquent les végétaux afin de réparer un déséquilibre liée à un stress, une pauvreté génétique, une concentration, un sol inapproprié... la liste est longue !

Les familles de champignons sont très nombreuses, leurs noms évocateurs nous entraînent vite au pays des merveilles... Bolets, Russules, Amanites, Cortinaires, Lactaires, Coprins, Mycènes, Agarics, Tricholomes, Hébélomes; Hypholomes, Marasmes, Inocybes, Clitocybes, Strophaires...
Leur classification, relativement complexe, s'établit par le type d'hyménium (à tubes, à lamelles, à aiguillons...), par la couleur de la sporée (blanche, crème, beige, marron, rouille, noire...), par l'analyse au microscope des spores et par bien d'autres critères encore... Mais sur le terrain, la détermination des champignons reste une approche sensorielle : la vue bien-sûr pour la silhouette, la couleur, la disposition des lamelles, la forme du pied... , et pour observer la nature du peuplement forestier. Le goût parfois est nécessaire (pour les russules par exemple) afin de déceler une saveur douce, fruité ou piquante... Le toucher pour s'assurer de la viscosité ou du velouté d'un chapeau, froisser des lamelles ou tordre un pied coriace. Un nez exercé pourra distinguer des odeurs de farine, d'anis, d'ail, de radis, de pipi de souris... Enfin, l'ouie semble recommandée pour s’imprégner de l'ambiance de la forêt. Certains parait-il, entendent le bruit sourd des mycéliums qui poussent et s'unissent pour faire sortir leur carpophore...lol !
 Des fois, des connaissances nouvelles viennent changer les champignons de cases et donc de noms ainsi, Krombholziella devient Leccinum, Coriolus devient Trametes et Mariaella devient Suillus !

Mais finalement, peu importe comme ils se nomment, on ne peut que s'émerveiller face à toutes ces nébuleuses émanations forestières qui apportent couleurs et fantasmes aux yeux des chercheurs à paniers qui arpentent les sous-bois et leurs litières humides en vue d'une cueillette miracle.
Que l'on soit mycologue ou mycophage, on ne peut qu'être surpris devant une telle diversité de formes, d'odeurs et de couleurs...

Amanite citrine (Amanita citrina), et ses lamelles à odeur de navet

Amanite rougissante (Amanita rubescens), une bonne comestible de la célèbre famille

Amanite des césars (Amanita caesaera), le meilleur de tous ?!

Mycena sp.

Russule amère (Russula amara), et son mamelon si typique

Russule noircissante (Russula nigricans), aux lamelles espacées cassantes comme de la craie

Ce myxomycète (Badhamia utricularis) se déplace en peu de temps sur le bois mort, au fur et à mesure qu'il consomme les bactéries.


Myxomycète : Mi-champignon, mi-animal, les spécialistes sont encore partagés quant à sa classification.

Calocère cornée (Calocera cornea), on se demande par où ils passent !

Flammulina velutipes (Collybie à pied velouté), on en mangerait... mais faut pas !

Trametes versicolor, travaillant lentement mais surement à la décomposition du tronc...

Hericium clathroides, un bon comestible, difficile à nettoyer, donc dommage de manger !

Le moindre myxomycète, aussi minuscule soit-il, joue un rôle et participe au bon fonctionnement de la forêt.

Oudemansielle mucide (Oudemansiella mucida), la méduse sur bois de hêtre

Rhodotus palmé (Rhodotus palmatus), une rareté sur bois d'orme

Pézize orangée (Aleuria aurantiaca), des taches de peinture sur une toile d'humus

Oreille de Juda (Auricularia auricula-judae), elle écoute décomposer le bois de sureau

L'Anthurus d'Archer (Clathrus archeri), venu probablement d’Australie par la laine des moutons

Vesse de loup perlée (Lycoperdon perlatum), connue pour sa cheminée de spores lorsqu'elle est bien mûre

Les deux chevaliers bagués : Lépiote élevée (Macrolepiota procera), et jeune chêne sessile élevé au rang d'arbre objectif (révolution à 250 ans)

Polypore du bouleau (Piptoporus betulinus), quinze milliards de spores pour la survie de l'espèce !

Sparassis crépu (Sparassis crispa), un myco choux-fleur comestible

Strophaire vert-de-gris (Stropharia aeruginosa), magnifique mais toxique

Une belle petite cueillette d'oronges